Edito

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L'EDITO

Que nous le voulions ou pas, que nous y accordions de l'importance ou pas, que nous y soyons attachés ou pas, ou volontairement tournés vers le futur, la mémoire est partout. Dans les forêts, grâce aux vestiges "bio-culturels" qu'elles gardent en elles pendant des siècles, dans les villes grâce aux empreintes du temps qui traversent les architectures, dans les mers et les océns, grâce notamment aux coraux, véritables cartes mémoires.

Que nous le voulions ou pas, chacune de nos actions, chacun de nos gestes aussi futiles soient-ils laissent une trace. Que nous en ayons conscience ou pas, nous sommes pétris de mémoire.

Ces mémoires partout présentes, soubassements de ce que nous sommes, peuvent s'ouvrir à nous lorsque nous savons les lire à l'aide de tous nos sens. Lorsque l'acte de penser se pose sur le passé, qu'il soit lointain ou proche peu importe, il ouvre alors à une conscience, "un pont jeté entre le passé et le futur" (1). Si parfois cette conscience du passé est encombrante, paralysante, pesante sur nos vies, n'est-elle pas aussi essentielle à la construction de ce que nous sommes, au sens que nous tentons de donner à notre existence ?

"Pour savoir écrire il faut avoir lu, et pour savoir lire il faut savoir vivre" disait Guy Debord (2). Lire les mémoires multiples des éléments qui nous entourent et en percevoir les sens, voir le passé comme un livre ouvert sur la libre nouveauté du présent, sentir qu'un réseau vaste et complexe relie nos mémoires, et par là nous relie peut-être les uns aux autres, vivre loin de toutes cristallisation des habitudes et des traditions, c'est peut-être une piste vers le savoir vivre ?

L'une de ces mémoires, la mémoire familiale, sera au coeur de notre programmation, et ses multiples facettes seront abordées. Ce que transmet la mère à l'enfant dans le spectacle Maman ?! de Kyung Wilputte; ce que nous réserve le futur au regard d'un passé pas toujours reluisant dans Et demain ? de Julien Staudt; Miam (création 2018) de Christine Andrien pour petites oreilles, ou sommes-nous ce que nous mangeons ? Ricordi (création tout public 2018) qui interroge l'identité à travers la mémoire de l'exil et de l'adoption, et puis la mémoire du fils, du frère mort et de celui qu'on appelle l'arabe dans le spectacle Moussa : l'impossible rencontre joué hors les murs trois soirs au printemps. Nous poursuivrons nos explorations folles des albums de famille lors d'un deuxième workshop avec des artistes de talent et une présentation tout public le 19 avril. C'est en mai, que la création tout public de Marie Noëlle Baquet et Chantal Dejardin sur les mères, les grands-mères et leur mémoire vous sera présentée. Juin sera le bon moment pour une soirée de présentation des travaux des élèves de l'Ecole du conte, mais aussi pour la fête du Rouge-Cloître.

À vous, public, chacune de vos visites, chacune de vos présences à nos activités laissent une trace, qui, l'une après l'autre, l'une avec l'autre tisse une histoire commune, celle de la parole libre. Nous vous en remercions...

 

(1) Bergson

(2) Auteur de La Société du spectacle, écrivain français théoricien de Mai 68 révolutionnaire.